Le Mondial de l’Automobile de Paris 2024 vient à peine de commencer, que Jean-Philippe Imparato, nouveau responsable de Stellantis Europe, a exprimé la nécessité de subventions gouvernementales pour la transition vers les véhicules électriques (VE). Cet appel aux aides rappelle l’épisode récent où Carlos Tavares, PDG de Stellantis, a rencontré une opposition ferme du gouvernement italien lors d’une audition parlementaire.
Stellantis, C. Tavares à Rome, auditionné par les députés de la commission économique du Parlement italien
L’échec italien : Une opposition politique virulente
La semaine dernière, lors d’une audition en Italie, Carlos Tavares a sollicité d’importantes incitations financières pour rendre les VE (véhicule électrique) plus abordables. Cela, malgré les 6,3 milliards d’euros déjà reçus par Stellantis – FCA après la crise du Covid. L’opposition italienne a vivement réagi, notamment Carlo Calenda, leader du parti Azione, qui a dénoncé un « chantage inacceptable ». Giuseppe Conte, du Mouvement 5 Étoiles, a également critiqué la transparence de l’utilisation des fonds. Elly Schlein, secrétaire du Parti démocrate italien, a rappelé que Stellantis ne s’était pas engagé sur la création d’emplois en Italie, malgré la perte de plus de 12 000 postes en trois ans.
Matteo Salvini (Sénateur de la république Italienne) : « Tavares devrait avoir honte et s’excuser »
Stellantis en Italie : Des promesses sans effets
Bien que Carlos Tavares ait promis de « lutter comme des damnés » pour maintenir la production en Italie, ces déclarations n’ont pas suffi à apaiser la colère des syndicats ni celle du monde politique. Pendant ce temps, la Commission européenne, loin d’intervenir, semble complice de cette situation, sachant que Stellantis, comme d’autres constructeurs européens, profite de réglementations favorables qui étouffent la concurrence extérieure hors UE. Cette passivité ne fait qu’accroître la protection des marges bénéficiaires des constructeurs UE, tout en laissant les consommateurs européens à la merci de prix élevés et d’une qualité de service/produit en déclin.
Carlo Calenda (Sénateur de la république italienne) : « Tavares est décevant et très arrogant. Il est venu seulement pour demander de l’argent »
Jean-Philippe Imparato : Un pragmatisme calculé ?
À Paris, dès le premier jour du salon de l’automobile, Jean-Philippe Imparato a poursuivi sur la même ligne que C. Tavares. Il a affirmé que Stellantis respecterait les normes CAFE dès janvier 2025, mais a averti « Quelle que soit la règlementation au 1er janvier, je serai conforme… Attachez vos ceintures, parce que cela veut dire que je vendrai à la vraie valeur de l’électrique, et j’adapterai la production du thermique pour être conforme ». Cependant, plusieurs analyses montrent que les VE coûtent moins cher à produire que les véhicules thermiques. Pourtant, J-p Imparato a insisté sur la nécessité d’une aide financière des gouvernements/états européens : « Si l’Europe veut 20 à 25 % de voitures électriques l’année prochaine, elle doit investir massivement dans des aides. Sans quoi, nous ne casserons pas nos valeurs résiduelles« , a-t-il déclaré. L’objectif semble de transférer les coûts de la transition énergétique aux États et aux contribuables, plutôt que d’assumer cette responsabilité au sein du groupe.
Le nouveau patron Europe de Stellantis est Jean-Philippe Imparato, nommé en 2024
Le modèle de distribution de Stellantis : Une transition controversée
Le nouveau modèle de distribution basé sur le contrat d’agent, déjà mis en place dans certains pays, via d’autre marque, provoque l’inquiétude des concessionnaires, qui sont confrontés à une baisse de leurs activités/marges. J-p Imparato a reconnu que « les concessionnaires ont raison d’être en colère » et a promis de ne pas imposer ce modèle sans concertation. Toutefois, il a précisé que des réductions drastiques des coûts de distribution seraient nécessaires pour maintenir la compétitivité du groupe. La période faste de Stellantis, marquée par les sur-profits réalisés durant la crise du Covid et la crise des semi-conducteurs, semble toucher à sa fin !
Subventions publiques : Une façade pour protéger les marges et les profits ?
Le discours de Stellantis à Paris et à Rome repose sur l’idée que la transition vers les véhicules électriques doit être soutenue par des subventions publiques massives. Pourtant, Stellantis a déjà bénéficié d’aides conséquentes en Italie, sans offrir de garanties sur l’emploi ou de production locale. Cette demande incessante de fonds publics pour une transition déjà amorcée soulève des questions sur les véritables motivations du groupe : cherche-t-il à protéger ses marges et ses profits plutôt qu’à innover et à contribuer de manière proactive à la transformation de l’industrie automobile ?