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À deux mois de l’entrée en vigueur des normes *CAFE, le marché automobile européen s’apprête à vivre un bouleversement majeur : un basculement vers le 100 % électrique. Ce changement est bien plus insidieux qu’une simple adaptation aux nouvelles règles. Les constructeurs européens orchestrent déjà cette transition, en préparant leurs concessions à ne proposer que des véhicules électriques dès janvier 2025, souvent sous forme de location longue durée (LLD) ou location avec option d’achat (LOA).
C’est pourquoi Renault a commencé à promouvoir activement sa Renault 5 E-Tech Electric, affichée à plus de 23 000 €, un prix élevé pour une petite citadine électrique à environ 300 kilomètres maximum (wltp) d’autonomie, qui reste hors de portée pour de nombreux consommateurs. Toutefois, en jouant sur les formules de location, les constructeurs espèrent rendre ce basculement plus accessible.
Les prévisions alarmistes d’AlixPartners : des amendes colossales à l’horizon
Selon une récente étude du cabinet de conseil AlixPartners, les constructeurs risquent de lourdes amendes si les objectifs de réduction de CO2 ne sont pas atteints. Les normes CAFE pourraient infliger des sanctions totalisant jusqu’à 50 milliards d’euros entre 2025 et 2029. La réglementation impose une baisse de 15 % des émissions de CO2 dès 2025, et tout manquement entraînera des pénalités financières astronomiques.
Dans le meilleur des scénarios, où les constructeurs européens domineraient le marché des voitures électriques, les amendes atteindraient 28 milliards d’euros sur la période 2025-2029, dont 21 milliards dès la première année. Cependant, un scénario plus probable, avec 25 % du marché des véhicules électriques dominé par les marques chinoises, ferait grimper les amendes à 51 milliards d’euros, avec 25 milliards dès 2025. Dans le pire des cas, si seulement 18 % des ventes de voitures étaient électriques, les amendes pourraient atteindre 76 milliards d’euros.
La stratégie des constructeurs : imposer l’électrique en toute discrétion dès Janvier 2025
Face à ces menaces financières, les constructeurs européens anticipent. Plutôt que de risquer de lourdes amendes, ils préparent leur réseau de concessionnaires à imposer progressivement l’électrique. Leur stratégie est simple : remplir leurs showrooms exclusivement de véhicules électriques dès janvier 2025. En privilégiant les solutions de location, ils espèrent adoucir la transition pour les consommateurs.
Renault a déjà lancé sa Renault 5 E-Tech Electric, cette démarche illustre la volonté des constructeurs d’imposer discrètement une bascule vers le tout-électrique, tout en limitant l’accès aux véhicules thermiques via des malus écologiques et une offre réduite de modèles thermiques neufs en showroom.
(Essai/Promotion de la Renault 5 sur l’automobile magazine)
Un basculement qui pourrait se retourner contre eux
Cependant, ce pari est loin d’être sans risque. Les consommateurs européens, confrontés à des véhicules électriques hors de prix et à des malus écologiques dissuasifs, risquent de se tourner massivement vers le marché de l’occasion pour éviter ces contraintes. Les modèles thermiques neufs deviennent de plus en plus rares, poussant ainsi les acheteurs vers des véhicules d’occasion thermiques, en dehors du réseau des concessionnaires officiels.
Par ailleurs, fermeture ou problématique, dont des licenciements en masse, chez plusieurs sous-traitants spécialisés dans les moteurs thermiques et boîtes de vitesses, annoncée depuis le début du mois, est un signe révélateur. Ce basculement vers l’électrique, orchestré en sous-main par l’industrie automobile, a des conséquences directes sur l’emploi et les écosystèmes industriels européens.
Une politique déconnectée des réalités du marché
Le débat actuel autour des normes CAFE masque cette transition discrète vers l’électrique. En imposant cette stratégie par la réduction progressive des modèles thermiques dans leurs showrooms, les constructeurs espèrent éviter les amendes, tout en pensant maîtriser le changement sans heurts. Cependant, ils sous-estiment la réaction des consommateurs, qui risquent de bouder les concessionnaires officiels pour se tourner vers des modèles d’occasion thermiques plus abordables et sans les contraintes imposées aux neufs.
Les malus écologiques, qui frapperont les thermiques neufs dès 2025, renforceront cette tendance. Les constructeurs, sous la pression des normes CAFE et des potentielles amendes, devront augmenter les prix, ce qui pourrait encore affaiblir le pouvoir d’achat des Européens.
Vers un assouplissement inévitable ?
Si les ventes de véhicules neufs s’effondrent en raison de la réticence des consommateurs à adopter des modèles électriques coûteux avec peu d’autonomie, il est probable que les constructeurs se tourneront vers la Commission européenne pour demander un assouplissement des normes CAFE. D’ici mars ou avril 2025, des discussions sur l’adaptation des régulations pourraient émerger, sous prétexte d’une nécessaire flexibilité pour répondre aux réalités du marché.
Un pari dangereux pour l’avenir de l’industrie automobile européenne
En forçant une transition vers le tout-électrique à partir de janvier 2025, les constructeurs automobiles prennent un risque énorme. Non seulement ils devront faire face à des amendes colossales s’ils échouent à respecter les objectifs de CO2, mais ils risquent également de perdre la confiance des consommateurs, déjà bien morcelée depuis 2020, qui se tourneront vers le marché de l’occasion.
La fermeture des sous-traitants en rapport avec le moteur thermique est un des premiers signes visibles de ce bouleversement. Les conséquences de ce basculement forcé vers le 100 % électrique pourraient être dévastatrices pour l’industrie automobile européenne, tant sur le plan financier que sur celui de l’emploi, sans compter l’impact sur le pouvoir d’achat des citoyens. L’année 2025 s’annonce ainsi comme un tournant crucial, où les constructeurs pourraient être forcés de réviser leur stratégie face à la réalité du marché.
*La norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy) impose aux constructeurs de réduire progressivement les émissions de CO2 moyennes des véhicules vendus en Europe. Dès le 1er janvier 2025, le seuil sera abaissé à 81 g/km, accélérant immédiatement la transition vers les véhicules 100 % électriques. Les constructeurs qui ne respecteront pas ces limites risquent des amendes importantes. L’indicateur européen évalue leurs performances en fonction des rejets de CO2 calculés sur l’ensemble de leurs ventes, les incitant ainsi à atteindre un mix de 50 % de véhicules électriques pour éviter ces sanctions